Le dernier ermite, de Michael Finkel

Le dernier ermite, de Michael Finkel

Résumé :

En 1986 – c’était l’époque de Reagan et de Tchernobyl – Christopher Knight, un jeune homme intelligent et timide, décide de quitter la société des hommes pour vivre dans une solitude totale au cœur de la forêt du Maine au nord des États-Unis. Pendant près de 30 ans, il ne parlera à personne, fuira tout contact, apprenant à survivre au froid et à la faim grâce à son courage et à son ingéniosité. Pendant toutes ces années aussi, il réussira à s’introduire sans trop de dommages dans certains cottages pour trouver des vêtements, des livres, des piles, de la nourriture supplémentaire… qui lui permettront de traverser sous sa tente les terribles hivers de cette région américaine jusqu’à son arrestation en 2014. Michael Finkel a été le seul journaliste auquel Christopher Knight a accepté d’accorder de nombreux entretiens, en prison et après sa libération. Pourquoi a-t-il décidé de se retirer du monde ? Qu’a-t-il appris de ces 27 années ? Comment a-t-il supporté son retour dans la société ?

Un ouvrage qui n’est pas seulement un récit de survie mais qui pose des questions fondamentales sur la solitude, la vie des ermites, la cohabitation avec la nature sauvage, le monde intérieur, les contrastes de notre société. C’est aussi le portrait d’un homme qui a choisi de vivre à sa façon et qui au-delà des souffrances y a totalement réussi.


Mon avis :

Je suis tombée par hasard sur ce livre dans mon fil d’actualité Instagram. La lectrice avait l’air enchanté de sa lecture et j’ai bien de m’y fier. C’est un genre que je lis peu (la biographie ou autobiographie) et j’aime vraiment beaucoup.

Il s’agit donc de l’histoire de Christopher Knight arrêté pendant qu’il subtilisait des vivres après 27 années passées dans les bois. Il est parti sans prévenir personne à l’âge de 20 ans et il y serait sûrement rester toute sa vie. Outre l’exploit incroyable surtout lorsque l’on connaît les hivers du Maine aux Etats-unis, son repli pose d’autres questions : pourquoi être parti ? Que recherchait-il ? A-t-il trouvé ce pourquoi il était parti ? Et pleins d’autres encore.

Toute cette histoire et ses questions sont remuées et rapiécées par Michael Finkel, un journaliste américain et c’est le seul qui a su établir une relation avec Chris Knight, le seul journaliste que « l’ermite » a accepté de voir en prison et auprès duquel il se confiait.

J’ai tout d’abord été passionnée par cette histoire et par la personne de Christopher Knight. Il s’exprime peu mais toujours à bon escient et ses paroles peuvent découler sur beaucoup de réflexions et d’introspection. La manière qu’il a de s’exprimer et d’exposer ses idées est totalement fascinante. De quoi remettre en question jusqu’au questions fondamentales de notre société.

Ensuite j’ai été passionnée par l’écriture de Michael Finkel, le journaliste qui raconte cette histoire. J’ai adoré la façon dont il a construit le récit, comme une quête de vérité et une quête un peu philosophique. Michael Finkel est aussi intrigué que nous par ce personnage de l’ermite. Son livre est rempli d’anecdote et de recherches savantes.

C’est l’autre richesse de ce livre. Tous les liens qu’il arrive à créer, toutes ces données scientifiques de psychologues, psychiatres, neurologues, spécialistes en tout genre des quatre coins de l’amérique… toutes ces références à des auteurs ou des philosophes, toutes ces recherches culturelles sur les chamanes, anachorètes, sâdhus, pèlerins – ou ermites religieux, ermites protestataires ; sur les aspects psychiatriques et médicaux comme autisme, TSA, psychose, syndrome Asperger, choc post-traumatique, dépression, trouble schyzoïde de la personnalité, les troubles sur le cerveau et les hormones liés à l’isolement, au silence ou au bruit.

Chaque sujet est approfondi d’ouvrages, d’études scientifiques, de citations de philosophes, j’ai appris beaucoup de choses sur des communautés dont j’ignorais l’existence et également sur le fonctionnement du cerveau qui me passionne travaillant à l’hôpital et ayant fait une partie de mon mémoire de fin d’études sur les aspects des dysfonctionnements cérébraux.

En clair, ce fût une excellente lecture, je dirais peut-être d’ailleurs un coup de cœur pour l’histoire de Chris Knight qui est aussi intrigante que touchante et pour la passion dont a fait preuve Michael Finkel qui nous livre aussi quelques aspects de sa vie personnelle sans se contenter de nous raconter quelques paroles échangées et qui a fait preuve d’un grand travail de recherche.


Citations :

• Notre santé est parfois le prix à payer de la sociabilité. Il s’était placé en quarantaine loin de l’espèce humaine et s’évitait ainsi nos dangers biologiques. Il restait d’une santé phénoménale.

• Des scientifiques japonais de l’université de Chiba ont découvert qu’une marche quotidienne d’un quart d’heure dans les bois réduit sensiblement les taux de cortisol, entraîne une baisse modérée de la pression sanguine et un certain ralentissement du rythme cardiaque. Les physiologistes pensent que, dans des environnements naturellement silencieux, notre organisme se détend, parce que c’est le cadre dans lequel nous avons longtemps évolué. Nos sens ont mûri dans les prairies et les bois, et restent calibrés sur cette base.

• Des scanners cérébraux de prisonniers de guerre réalisés dans l’ancienne Yougoslavie démontraient que le manque d’échanges sociaux nourris peut provoquer des lésions cérébrales similaires à celles que provoque un choc traumatique.

• Une solitude non désirée rend malade – l’isolement social est aussi nocif qu’une trop forte pression sanguine, l’obésité ou le tabagisme, facteurs de risque entraînant la maladie et une mort prématurée.

• Mais la vie ne saurait être une quête infinie de ce qui manque ; la vie, c’est apprendre à vivre avec les parties manquantes.

• Le problème principal du bruit environnant qu’on ne peut contrôler, c’est qu’il s’avère impossible à ignorer. Les ondes sonores font vibrer une petite concaténation osseuse – le marteau, l’enclume et l’étrier, la très ancienne mécanique de l’oreille moyenne – et ces vibrations physiques sont converties en signaux électriques directement transmis au cortex auditif du cerveau. Le corps réagit immédiatement, même dans le sommeil. Les citadins produisent des niveaux chroniquement élevés d’hormones du stress. Ces hormones, en particulier le cortisol, augmentent la pression sanguine, contribuant à l’apparition de maladies cardiaques et de lésions cellulaires. Le bruit endommage le corps et échauffe le cerveau. En anglais, noise (le bruit) provient du latin nausea.

• Je préfère une rencontre des esprits plutôt qu’un contact des corps.

• La vie est un combat permanent et sans merci que tout le monde perd.

• Le philosophe indien Jiddu Krishnamurti aurait décrété : « Ce n’est pas un signe de santé que de bien s’adapter à une société profondément malade. »
• Le monde est un endroit troublant, à la fois chargé de sens et dénué de signification.


Informations :

Il s’agit d’une biographie sur l’isolement de Christopher Knight écrite par le journaliste Michael Finkel. Publié en grand format aux Éditions JC Lattès en 2017, il comporte 270 pages pour 18€. Ensuite publié aux Éditions 10/18 en 2019, il compte 264 pages pour 7.50€.


L’avez-vous lu ? Connaissez-vous cette histoire ?


7 réflexions sur “Le dernier ermite, de Michael Finkel

  1. celui-ci me tente beaucoup et au dela de la vie de cet ermite, toutes les données scientifiques sur le cerveau etc (excellentes citations qui donnent encore plus envie !)

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